
Le jour de ton départ
e me souviens de tout, mon cœur, de chaque détail. Quelques jours après ta disparition, je me dis qu’il y avait des signes. Oui, la vie nous laisse plein de signes. Il s’agit, je pense, d’une autre dimension, d’un présentiment, du lien qui nous unit avec les personnes que nous aimons, qui font partie de notre chair, de notre sang. Je l’ai vécu à plusieurs reprises dans ma vie et la dernière fois, c’était le jour de ton envol, ma puce. Quand tu t’endormais pour toujours dans ce petit lit chez ta maman de jour, j’étais en train de courir. Je craignais d’arriver en retard pour te récupérer ce jour-là. J’ai senti une angoisse profonde m’envahir.
Nous sommes le 11 mai 2021. Il est 8.00. Je te donne le sein dans mon lit et je ne sais pas encore que nous vivons notre dernier moment collées l’une contre l’autre. Si j’avais su… si seulement…
Papa nous rejoint. Il doit partir au travail. Il entre dans la chambre. Tu viens de terminer ton repas et tu es assise sur mes genoux. Tu lui souris à trois reprises. Il te dit : « bonne journée, bonne journée, bonne journée » sur un ton enjoué pour te faire rire. Je te vois encore lui sourire tout en mettant les mains à la bouche. Puis il s’en va. Tes frères étaient déjà prêts pour la crèche. Je te mets dans ton siège auto et nous prenons la route tous les quatre. Nous arrivons. Je te sors du véhicule. Je n’ai jamais osé te laisser seule dans la voiture. Tu entres avec moi dans le bâtiment et nous souhaitons une bonne matinée à tes frères. Ils ne savent pas que c’est la dernière fois qu’ils te verront. Personne ne le sait et pourtant si on avait su… si seulement….
Nous retournons à la voiture et la fleur que ta maman de jour avait fixée sur ton maxi-cosi la veille tombe sur la route. Je m’arrête un bref instant. Je la regarde. Je suis pressée. Je ne la ramasse pas. Et pourtant, si j’avais su… si seulement…
Nous prenons la route toutes les deux. Je te conduis chez ta maman de jour pour la dernière demi-journée d’adaptation. Je te parle. Tu gazouilles en portant les mains à la bouche.
- Tu vas passer une bonne matinée ma chérie. Tu vas t’amuser. Ça va être chouette tu verras. Maman reviendra te chercher et ensuite et nous passerons l’après-midi tous les quatre. Je compte sur toi pour boire ton biberon comme une grande. Je sais que tu en es capable.
Je te dépose sur le palier, je sonne et je recule volontairement. La nourrice te découvre alors dans ton siège. Nous échangeons. Je lui dis que je commence enfin à couper le cordon. Je te souhaite une bonne matinée et te dis « à plus tard ma princesse ». Tu me souris. Je retourne à la voiture. A cet instant, je n’imagine pas que jamais plus je ne verrai de sourire sur ton doux visage ! Je pense encore aux éclats de rire que je retrouverai en venant te chercher à 13.30. Si j’avais su… si seulement…
Je rentre à la maison. Je m’assois à mon bureau devant mon ordinateur. J’échange avec ma collègue de travail, par WhatsApp. Nous organisons mon retour à l’école. Elle me dit que le coronavirus a fait irruption dans notre classe. Je suis inquiète. Non, ce n’est pas possible. Il fallait attendre que je reprenne le boulot pour que cette fichue maladie débarque!
Je pense à toi Margaux. J’ai peur. Je ne veux pas te ramener ce vilain virus à la maison et pourtant, si j’avais su… si seulement…
La reprise du travail dans une semaine m’inquiète. Tu es encore si petite, ma chérie. J’essaie de me changer les idées et je prends rendez-vous au centre des documents d’identité à Sion car notre projet des vacances d’été approche. Je consulte les billets d’avion sur internet pour notre voyage chez ta marraine Julie aux Pays-Bas. Il est 11.30. Je n’ai plus le temps, je dois aller chercher Mathis et Thibaut à la crèche. Je me dis que je pourrai réserver les billets plus tard, que ce n’est pas bien grave. Si j’avais su, si seulement…
Je m’apprête à partir chercher les garçons. Je ne retrouve plus mes clés de voiture. Je panique. Je vais être en retard. » Ou ai-je bien pu mettre ces fichues clés » ? J’hésite entre continuer à les chercher ou partir à pied. Je me dis que je serai probablement plus à l’heure en y allant à pied. Je cours. Je m’essouffle. J’appelle quand même les éducatrices pour les avertir de mon retard. Je m’excuse et je récupère les jumeaux. Nous descendons à pied à la maison. Je marche d’un pas rapide. Les garçons trainent. Je leur demande de se dépêcher. Il est midi, je marche 50 m devant. Je crains d’être en retard pour te chercher. Je dois encore préparer le dîner et pourtant j’ai largement assez de temps pour le faire. Je ne sais pas pourquoi, je stresse, je m’affole. Si j’avais su, si seulement qu’au même instant tu arrêtais de respirer…
Une fois à la maison, Mathis et Thibaut s’en vont jouer dans la salle de jeux. Moi, je m’affaire en cuisine. Je fais bouillir de l’eau puis j’y déverse un sachet de pâtes. Je mets la table. Je sors un plateau de fromages. J’appelle tes frère « A table ! ». Il est midi et demi. Nous mangeons. J’ai la tête ailleurs. Si j’avais su, si seulement qu’au même instant, d’un geste précis, ta maman de jour te réanimait…
Il est 13.00. J’aide tes frères à mettre leurs chaussures et à enfiler leur veste. Nous sommes sur le point de partir pour venir te chercher quand je reçois un appel de papa. Je décroche le téléphone.
- Il y a un problème avec Margaux. Prépare-toi, je passe te prendre.
- Dis-moi ce qu’il y a.
- Je ne sais pas Norah.
Le ton est très grave. Je comprends que c’est vital. J’hurle. Je pleure. Je tombe genoux à terre.
- Dis-moi ! Je veux juste savoir si elle est vivante ou morte. Dis-moi ce qu’il se passe… dis-le moi !
Mathis et Thibaut pleurent aussi. Ils hurlent ton prénom : « Margaux, Margaux, Margaux ! ». Ils sanglotent. Je ne parviens pas à m’occuper d’eux. Je ne retrouve plus mon souffle.
- Dis-moi ce qu’il se passe avec mon bébé! Dis-le moi.
- Je ne sais pas Norah. Je ne sais pas. Mathieu et Linda sont sur place. Prépare-toi. J’arrive.
Je raccroche. Je ne sais pas quoi faire. Mes mains tremblent. J’appelle Omi. Je lui raconte ce qu’il se passe. Je suis en pleurs.
- As-tu besoin de moi Norah ?
- Oui maman, j’ai besoin de toi. Viens ! S’il te plait !
- D’accord, j’annule tous mes rendez-vous de l’après-midi et je viens vous trouver.
- Merci maman. J’ai peur ! J’ai tellement peur !
- Courage Norah ! J’arrive ! Ça va aller !
Je tente d’appeler ta nourrice. Elle ne répond pas. J’appelle alors tonton Mathieu. Il ne répond pas non plus. J’ai besoin de comprendre, qu’on me dise comment tu vas. J’ai besoin de savoir si tu es vivante ou morte. Cette attente est insurmontable !
Je raccroche. J’appelle ma collègue, peut-être au hasard, je ne sais pas. Je venais tout juste de m’entretenir avec elle au sujet de la covid dans notre classe. Je lui explique ce qui se passe. J’ai besoin qu’on m’aide. « Est-ce que quelqu’un peut me dire ce qu’il y a ? » Non ce n’est pas la réalité. Il ne peut pas y avoir un problème avec toi, ma puce !
J’appelle tata Linda. Elle me répond enfin.
- Dis-moi ce qu’il y a avec Margaux !
- Je ne sais pas Norah. Montez avec Guillaume. Je suis en haut.
- Mais dis-moi ce qu’il y a avec mon bébé. Dis-moi juste si elle est en vie !
- Je ne sais pas Norah. On s’occupe de ta fille. Réunis tes dernières forces et monte nous trouver.
Je raccroche. Je saute partout dans la maison. J’hurle. J’ai peur, mon bébé ! Je sais que c’est très grave. Personne ne veut m’expliquer. J’imagine le pire. Je te vois morte. Papa arrive à la maison.
- Tu sais ce qu’il se passe ?
- Non j’ai eu Mathieu au téléphone. Margaux est en arrêt. Ils sont en train de la réanimer.
J’hurle encore plus fort. Ils se sont trompés. C’est impossible ! On parle d’un autre bébé ! Tu allais si bien quand je t’ai laissée. Non pas toi Margaux. Pas mon bébé !
Mathis et Thibaut nous suivent sans comprendre. Ils pleurent. Ils sont inquiets pour toi. Nous nous rendons chez grand maman et grand papa pour y laisser tes frères. Pendant le trajet, nous recevons un appel de tonton Mathieu sur la main-libre de la voiture :
- Margaux s’en va à Sion. Elle est héliportée. Partez directement là-bas.
- Mathieu dis-moi ce qu’il se passe avec mon bébé. J’ai peur. Est-ce qu’elle est en vie ?
- Je ne peux pas te dire Norah. Elle a fait un arrêt et est toujours en réanimation.
- Son cœur n’est pas reparti ?
- Elle est toujours en réanimation Norah.
Le mot « réanimation » résonne dans ma tête. Non ! Je vis un cauchemar. Impossible. Je garde un espoir pourtant. Car nous avons vécu une situation semblable avec Mathis âgé alors de deux ans et la vie avait repris le dessus. Je garde espoir mais je perçois bien la gravité de la situation. Je passe en mode automatique. L’estomac noué, nous déposons les garçons. La porte est entrouverte. J’entends grand papa parler à papa.
- Vous avez des nouvelles ?
- Oui, elle est toujours en réanimation. Nous partons à Sion. On vous tient au courant.
Papa et moi prenons la route en direction de l’hôpital de Sion. Le trajet paraît interminable. Papa me tient la main.
- On garde espoir. Elle est forte. Elle se bat ! Elle va y arriver.
- Oui, on garde espoir. Il le faut !
Nos estomacs ne se dénouent plus. Notre respiration est bruyante. Nous inspirons et expirons régulièrement pour tenter de contrôler nos émotions.
- Aller Margaux, bats-toi ! On y croit ma puce !
Nous arrivons à la sortie d’autoroute de Sion ouest. Je reçois l’appel de ta marraine. Je lui raconte.
- Non ce n’est pas vrai Norah ! Vous êtes avec elle ?
- Non pas encore. On est en route.
- Courage ma belle. Elle est forte Margaux. Elle va s’en sortir. J’en suis sûre.
- Merci Julie. Je te laisse. Nous arrivons à l’hôpital. Je te tiens au courant.
Papa me dépose devant les urgences. Il part garer la voiture. Moi j’entre en courant. J’ai envie de te voir mon bébé, d’être avec toi au plus vite. Quelqu’un m’accueille.
- Bonjour,
- Bonjour, je suis la maman de Margaux qui est arrivée en hélicoptère récemment.
On me dirige vers la réception, puis une autre personne m’accompagne dans une salle. Sur la porte, je peux lire « Salle des familles ».
- Vous êtes seule ?
- Non, mon mari va arriver. Il est allé garer la voiture.
- Vous voulez boire quelque chose ?
- Non merci. Je veux voir ma fille. Dites-moi comment elle va ! Elle est morte ?
- Elle a fait un arrêt cardiaque et est toujours en réanimation, Madame.
Papa arrive enfin.
- Bonjour Monsieur, vous êtes le papa ?
- Oui.
- Bien, j’ai besoin de quelques informations. Sa date de naissance et le nom de son pédiatre s’il vous plaît.
Je tente de répondre. Je balbutie. Papa prend le relais.
- Margaux est née le 21 janvier 2021 ici à Sion et son pédiatre est le docteur Y
- Très bien. Il faudra patienter. Le personnel soignant s’occupe d’elle. Nous reviendrons vous voir dès que possible.
Je m’adresse à la soignante.
- Mais dîtes-moi s’il vous plait comment elle va ! Elle respire ?
- Elle est toujours en réanimation, madame. Je reviens vous voir avec le pédiatre dans un moment. Courage.
Papa et moi patientons pendant de longues minutes tous les deux, seuls, autour de cette table ronde. L’attente est interminable. Je pensais que je t’aurais vue immédiatement une fois arrivée à l’hôpital. Ce n’est pas le cas. Je ne sais toujours pas si tu es vivante. J’ai peur, mon bébé. Je fais les cent pas dans cette salle. Il n’y a pas de fenêtres. J’ai l’impression de manquer d’air, de suffoquer. Ce masque sur le nez m’empêche de respirer. Je tourne en rond. Je m’assois. Je tiens les mains de papa. Nous sommes assis l’un en face de l’autre. Nous te soufflons.
- Aller pupuce ! Tu vas y arriver. Tu es forte.
- Oui t’es forte choupinette. Tu vas y arriver.
Nous gardons espoir. Une petite voix en moi me dit que tu vas t’en sortir. Je continue de croire qu’on va te retrouver comme avant. J’ai besoin d’y croire.
Je me relève et sors de cette salle. Je m’y sens trop à l’étroit. J’ai besoin d’espace. Je tourne en rond dans les corridors. Je m’accroupis, me relève. J’ai envie d’hurler « Dites-moi ce qu’il y a ! ». Je ne le fais pas. Par pudeur, je me retiens et pourtant j’ai vraiment besoin de partager mes angoisses avec quelqu’un. Je tente de chercher de l’aide, une explication, un soutien par le regard. Personne ne s’arrête. Une porte automatique ne cesse de s’ouvrir laissant passer des personnes en blouse blanche avec des chaussures qui grincent à chacun de leur pas. Ces soignants semblent heureux d’avoir terminé leur journée. Ils passent devant moi avec le sourire. Ils me disent simplement « bonjour ». Pourtant, je peux te dire mon ange, qu’à cet instant précis, je n’avais pas du tout envie de dire bonjour à quelqu’un. Je le fais mécaniquement par politesse.
Durant toute cette attente, je ne sais pas encore que tu te trouves juste de l’autre côté de cette porte. Je vois des soignants avec leur blouse bleue et leur charlotte en retrait, alignés contre le mur et qui attendent les bras croisés. Je ne sais pas qu’ils sont là pour toi. Ils me regardent souvent et doivent constater mon désarroi. Papa et moi sommes seuls avec notre douleur. A cet instant, tata Aude et tonton Gaétan viennent nous rejoindre à l’hôpital pour nous soutenir. Voir ces deux visages connus me rassurent, un peu.
Je vois la réceptionniste baisser les yeux quand je la regarde. Je comprends que tu ne vas pas bien. Je continue de tourner en rond et malgré cela personne ne vient me voir. J’ai envie de vomir. Mon souffle est court. Mes jambes ne me portent plus. Je suis fébrile. Je retourne voir papa dans la salle puis je ressors. Il m’accompagne, lui non plus de tient plus en place. Nous avons besoin de te voir, d’être auprès de toi.
Après plus de deux heures de réanimation, ton cœur est reparti. Il est encore très faible, trop faible. Le pédiatre vient nous voir et nous explique la situation.
- Le cœur de Margaux est encore trop faible. La situation est grave.
- Elle ne va pas bien hein ?
- Non, elle ne va bien, malheureusement.
Je m’effondre, je m’agrippe à papa. Une soignante met sa main sur mon épaule.
- Vous ne voulez pas vous relever Madame ?
La soignante m’aide à me redresser et m’avance une chaise.
- Comme je vous disais, votre fille ne va pas bien. Si son cœur reste faible, il faudra peut-être décider de la laisser s’en aller.
Le monde est en train de s’écrouler sous mes pieds. Je suis en train de te perdre mon bébé d’amour. C’est impossible. Pas toi ! Pas nous ! Quelle injustice ! Si j’avais su, si seulement…
- Vous pourrez aller la voir. Je vous préviens c’est assez impressionnant. Elle a un tube dans la bouche, des scotchs sur les yeux pour les protéger et nous lui avons posé un cathéter intra-osseux dans le tibia pour lui injecter des médicaments.
- Ce n’est pas grave. Je m’en fiche. Elle a besoin de nous. Je dois la voir.
Papa et moi passons enfin le seuil de cette porte automatique. Je comprends à présent que tu te trouves juste derrière. Je te vois mon ange ! Tu respires ! Tu sembles vivante ! Et pourtant si j’avais su si seulement…
Je m’approche de ton petit corps caché sous une couverture bleue. Tu sembles dormir paisiblement. Je t’embrasse et verse quelques larmes au-dessus de ton visage. Je pose ma main sur ton ventre qui se soulève au rythme de ta respiration. On nous amène deux chaises pour qu’on puisse rester un peu à tes côtés. J’observe la salle. Je remarque d’abord ces énormes machines puis ce tableau affiché au mur sur lequel on peut lire les soins qui ont été prodigués. Je repère le mot « réanimation ». Je tremble. L’estomac se noue à nouveau.
- Elle respire grâce aux machines c’est ça ?
J’espérais au fond de moi qu’on me dise non, que c’était toi qui effectuais le travail toute seule, si seulement…
- Oui Madame. Elle est intubée.
Il y a des câbles partout. Des soignants s’affairent autour de toi, beaucoup de soignants, je ne les ai pas comptés. Ils sont trop nombreux. Chacun semble au clair et réalise les tâches qui lui sont attribuées dans un calme serein masquant presque la situation tendue qu’ils sont en train de vivre à tes côtés.
Un soignant s’approche de toi et enlève un scotch d’un de tes yeux. Il l’éclaire avec une lampe. Je lui demande :
- L’œil réagit correctement ?
- Oui Madame.
Je tente de chercher des signes que tu es sur le chemin du retour vers la vie. J’y crois encore. Si seulement j’avais su, si seulement…
Il est temps de te laisser à nouveau, probablement pour des examens. Ce détail m’échappe aujourd’hui. C’est dur. Je ne veux plus te quitter. Je veux que ce moment dure et ne s’arrête jamais.
Nous retournons dans la salle sombre, sans fenêtre et nous patientons encore quelques minutes. Le pédiatre revient. Je regarde papa et lui dit d’une voix hésitante :
- Ça pue ! ça sent mauvais.
Le mince espoir auquel je m’accrochais avait disparu. Le pédiatre nous annonce pourtant enfin de bonnes nouvelles ! Oui, de bonnes nouvelles ma chérie ! Tu te bats comme une lionne. Ton cœur contracte bien. Cet espoir que tu nous reviennes comme avant s’ancre à nouveau en moi. On nous annonce qu’on te transfère dans un hôpital universitaire. Les services pédiatriques sont surchargés, il est difficile de te trouver une place. Entre temps, nous sommes retournés auprès de toi. Je te murmure à l’oreille :
- Vas-y ma puce ! On croit en toi ! On a besoin de toi dans nos vies !
Un hôpital est prêt à t’accueillir. Le personnel de l’hélicoptère est à nouveau dans les corridors. On te prépare pour le transfert. Tout s’enchaîne avec beaucoup de douceur. On te fait régulièrement une échographie du cœur pour vérifier l’efficacité de ses contractions qu’on juge suffisantes. Si seulement j’avais su, si seulement…
Le pédiatre s’adresse à nous :
- Son cœur montre à nouveau des signes de faiblesse. Nous avons diminué son apport médicamenteux. On constate, malheureusement, qu’il décélère à nouveau. Il y a de grands risques que Margaux ne survive pas au transfert. Je dirais neuf chances sur dix.
- D’accord.
Je suis abattue. L’espoir que je gardais au fond de moi a complètement disparu, cette fois-ci, et il ne reviendra plus. Si seulement… si seulement…
- Soit on tente un transfert pendant lequel, Madame, vous seriez seule avec Margaux avec de fortes probabilités de décès durant le vol, soit on décide de la débrancher et de vous permettre à tous les trois de partager un dernier moment ensemble.
- Je comprends.
J’ai compris ma chérie. On ne peut plus rien faire pour te sauver. Tu vas mourir. Tu vas me quitter mon ange ! Tu vas pendre ton envol. Je comprends sans comprendre. Tout semble tellement loin de la réalité. Je pense à tes éclats de rire du matin. C’est impossible !
Je ne réfléchis pas longtemps et je me tourne vers papa.
- Je ne veux pas être égoïste. Tu as le droit de dire aurevoir à ta fille.
Nous avons décidé de te débrancher. Quelle douloureuse décision ! Mon corps saigne. Je suis anéantie. A partir de ce moment, je sais que nous rentrerons seuls à la maison.
Une infirmière apporte une chaise roulante et m’y installe. On te débranche. Blottie dans la couverture bleue, je peux enfin te prendre dans mes bras. Je pleure. Nous nous installons dans une autre salle et passons un dernier moment ensemble avant de devoir te quitter pour toujours…
« Nous remercions du fond du cœur, sa maman de jour ainsi que l’ensemble du personnel soignant et hospitalier d’avoir tout tenté, tout essayé pour sauver notre petit ange. Elle a pu partir dans la sérénité et l’amour. Nous vous en sommes très reconnaissants. »