
Le bonheur se vit dans l’instant présent
Nous sommes le jeudi 23 septembre, je suis seule à la maison et je contemple le paysage qui m’entoure. La météo est douce, une légère brise me caresse les joues. Mon esprit cogite et vagabonde dans tous les sens. Je pense à notre histoire avec amertume. Je me projette dans un avenir incertain. Tel un funambule, je marche sur la ligne du temps. Quand je me dirige vers le passé, mon cœur est lourd. Alors, je suis déprimée et mélancolique. Lorsque je m’approche du futur, ma gorge se serre et je deviens anxieuse.
Le mardi 21 septembre, à 17 heures, je faisais mes courses au supermarché. Un bébé de tout juste un mois pleurait dans sa poussette. Il était entouré de ses deux parents. Le couple était jovial. Toute la famille se trouvait dans le rayon des boissons. Je me suis approchée et j’ai tenté de saisir un pack de jus d’orange. La poussette était encombrante et je peinais à me frayer un chemin entre les étalages. J’ai passé à côté de ce joli bébé que j’osais à peine regarder. Evidemment, mon ange, à chaque fois que je vois un nouveau-né, c’est à toi que je pense. Puis, j’ai croisé le regard plein de fierté de sa maman, qui semblait me dire : « Il est mignon n’est-ce pas ! ». Je lui ai souri. Si seulement elle savait, si seulement…
Mon cœur de maman en souffrance aurait voulu lui dire : « Profitez ! Moi, j’ai perdu mon bébé il y a quatre mois. Vous avez de la chance !». Je me suis tue. Clairement, j’étais envieuse. J’ai ressenti leur joie qui, pour moi, s’était envolée avec toi le jour de ta mort. Pourquoi, ce petit bébé avait-il plus le droit de vivre, de grandir, de s’épanouir que toi ? Pourquoi ces parents avaient-ils plus le droit de vivre en toute insouciance que nous ? J’ai éprouvé tellement d’injustice. Ce sentiment inavouable qu’on a trop souvent tenté de dissimuler, je ne le refoule plus.
J’ai attrapé péniblement mes bouteilles et la maman a murmuré aux oreilles du papa :
- Je pense qu’elle a faim à nouveau !
J’ai pensé tout bas : « Elle ! C’est une fille ! J’espère qu’ils sont conscients de la chance qu’ils ont d’avoir leur fille auprès d’eux ». Quelques mois plus tôt, je me promenais, moi aussi, le regard rempli de fierté, avec toi en écharpe, dans ce même magasin à la recherche de vêtements. Je n’étais pas consciente, enfin pas pleinement, de ce bonheur pourtant si simple, de pouvoir faire des courses avec toi, ma fille. Cela me paraissait alors normal. J’ai agi mécaniquement, à la recherche d’habits, sans profiter du moment, sans profiter de ton souffle contre ma poitrine, de la chaleur de ton petit corps blotti contre le mien, de la beauté de ton visage, de la perfection qui te caractérisait… Si j’avais su, si seulement…
Je m’ efforce à revenir au moment présent. J’observe le mouvement du champ de maïs qui se balance au gré du vent. Je me sens bien. Le bonheur est là, juste sous mes yeux. C’est à moi de l’identifier. Margaux, mon amour, avec ta disparition, j’ai vécu l’horreur, j’ai vécu l’insurmontable, j’ai vécu l’intolérable mais grâce à ta présence dans mon cœur, j’ai saisi le sens de la vie. Le passé et le futur me malmènent encore très souvent, trop souvent, mais j’aperçois petit à petit les graines du bonheur que tu as semées et que tu continues à semer sur mon parcours. Les premières ont germé. Je sais que le véritable bonheur se trouve dans l’instant présent.
« Aujourd’hui est le plus beau jour de notre vie, car hier n’existe plus et demain ne se lèvera peut-être jamais ». Bruno Combes
Merci de m’avoir ouvert les yeux, petit cœur !