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La tête dans les étoiles. Les pieds sur terre.

Un jour spécial. Un jour de bonheur. Un jour d’espoir. Le 26 février, c’est la jour de naissance de ton petit frère. C’est l’apparition de notre merveilleux arc-en-ciel. Celui qui nous a redonné foi en la vie. Ton petit frère a soufflé sa première bougie le mois passé. Ce jour-là, au petit réveil, j’ai regardé par la fenêtre. Tout était blanc. Après plusieurs journées de redoux, le froid a fait son grand retour pour l’anniversaire d’Aloïs. La neige. Les flocons. L’hiver n’a pas dit son dernier mot. La journée était mouvementée à l’image des bourrasques impétueuses provoquées par la bise.

Nous sommes le 11 mars, il est tard. 23h15. Vingt-deux mois sans toi. Vingt-deux mois entre ciel et terre. Impossible de ne pas y penser. La journée est bientôt terminée. Je pourrai bientôt souffler. Relâcher les tensions du jour. Les 11 du mois sont durs, rudes, angoissants. Que dire du nombre 11 ? C’est un nombre particulièrement terrifiant. Le 11 c’est la vision de l’horreur. Le 11 c’est le jour de ta mort. Chaque 11 du mois, je me souviens. En panique à l’idée de revivre un scénario catastrophe, je me rappelle le pire comme si j’y étais. Chaque 11 du mois est vécu dans un silence amer. Douloureux.  Le 11 mai qui arrive dans deux mois est le plus redouté. 

La gorge serrée, je réprime ma souffrance. Je me tais. Je ressens de l’intérieur. Parce que le 11 c’est aussi et, pour beaucoup, une belle journée. Le 11 c’est l’anniversaire de ton papa. C’est la naissance d’un petit prince et d’une merveilleuse petite fille. Ils sont probablement arrivés un 11 pour rendre ce jour plus doux, pour m’aider à m’accrocher à la beauté de la vie et non à l’atrocité de ta mort. J’aime y croire. « Tout est signe. Il suffit d’ouvrir les yeux et l’esprit. ».

Tes cousins et cousines, tes tontons et tatas, grand-papa et grand-maman, Opi et Omi, le parrain d’Aloïs, presque tous étaient présents. Du bruit. Beaucoup de bruit. Des bagarres. Des cris de colère. Des cris de joie. De l’excitation. Tes frères n’ont pas su contenir leurs émotions. Du monde. Beaucoup de monde. De la vie. Du mouvement.

Assise sur les marches des escaliers, en spectatrice, j’avais l’impression de vivre un rêve. Moment suspendu. En apesanteur. Hors du temps. Perdue dans une autre dimension, en parfait décalage, j’observais le vacarme de la vie. Chahut. Désordre. Partage. Joie. Bonheur.

Je pensais à toi. Je pensais à nous. Je pensais aux douze mois que tu n’auras pas atteint. Mon esprit s’est égaré. Je ne sais pas pendant combien de temps. Cinq minutes. Ou peut-être dix. Je me suis volatilisée au cimetière. Là où repose ton petit corps. J’ai survolé ta tombe. La petite maison qui abrite ta dépouille. Cette nouvelle demeure qu’il a fallu imaginer. Concevoir. Rendre la plus agréable possible. Ce petit toit qui s’est refermé sur toi pour toujours et qu’il a fallu envisager dans un insurmontable chagrin. Rendre aussi beau que ton petit être. Tendre. Délicat. A ton image.

Depuis ton décès. J’erre entre terre et ciel. En permanence. Les pieds sur terre. La tête dans les étoiles. En dualité constante. Je mène une double vie. Une est silencieuse. Immobile. Discrète. Tragique. L’autre est bruyante. Mouvante. Extravertie. Joyeuse.

Ma vie sur terre est continuellement entrecoupée de parcelles de rêve à tes côtés. Pour te ressentir, je prends de la hauteur. Je m’évade vers les étoiles. Je t’écris. Je dessine lettre après lettre d’une plume délicate ta vie. Le jour de tes 2 ans. Le 21 janvier 2023. Je t’ai écrit. J’ai envoyé un message dans les étoiles. Il est parti du cimetière. J’avais besoin de t’écrire mes maux. Te souffler mon amour. 11 personnes. 11 ballons portant mes mots, leurs mots. Soulevant mes maux. Leurs maux. 11 messages te sont parvenus. « Tout est signe. Il suffit d’ouvrir les yeux et l’esprit ».  

Tu m’as répondu. Le 26 février 2023. Les convives étaient rentrés. La fête d’Alois était terminée. Un message m’est parvenu. J’en frissonne encore. Un des ballons a voyagé jusqu’en Haute-Savoie et a été retrouvé le jour de la fête de ton petit frère. « Tout est signe. Il suffit d’ouvrir les yeux et l’esprit ». Des étoiles dans les yeux, j’ai lu.

« Ce matin de ma fenêtre et en ce jour de grand vent, je voyais comme une petite carte accrochée à ma haie de bambous qui me faisait de l’œil. Je suis allée voir et j’ai découvert votre carte qui m’a beaucoup touchée. Quelle jolie idée d’envoyer ce message au ciel pour l’anniversaire de petite Margaux ! […] J’habite à C. alors si ce ballon est parti de Suisse il a beaucoup voyagé ».

La mort t’a rendue immobile mais le souvenir restera à jamais en mouvement comme ces ballons qui ont voyagé et qui voyageront à travers le temps et l’espace. Je continuerai d’accrocher mes mots. D’écrire mes maux. Pour mieux te retrouver. Dans un autre espace. Dans un autre temps. La tête dans les étoiles tout en gardant les pieds sur terre.

Auteur

norah.siegenthaler@bluewin.ch
Je m'appelle Norah Simon. Je suis née le 30 octobre 1989 à Lausanne. J'ai suivi une formation d'enseignante primaire à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne. J'ai toujours apprécié la lecture et l'écriture. Depuis le décès de ma fille, j'y ai trouvé un refuge, un moyen d'évacuer mon trop-plein d'émotions, un véritable exutoire.