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Le temps d’un voyage

Nous sommes le 18 octobre 2022. Je me tiens face à la mer. Elle est agitée. Ton prénom est gravé dans le sable. Le vent froid de l’automne me caresse le visage et emporte sur la plage l’écume au gré du mouvement des vagues.

Lorsque ton cœur cessait de battre pour la première fois, j’étais installée à mon bureau. Je visionnais les offres en ligne des différentes compagnies aériennes.  Nous avions comme projet de rendre visite à ta marraine qui vit aux Pays-Bas durant les vacances scolaires de l’été 2021. Assise sur ma chaise, je m’imaginais déjà défiler fièrement dans l’aéroport avec tes frères et toi dans mon écharpe. J’avais hâte de voir tes yeux rieurs émerveillés par les vagues de la mer du Nord. Je rêvais de nos premières vacances en famille à l’étranger. Je rêvais… Je n’ai pas eu le temps de réserver les billets d’avion. Nous n’avons pas eu le temps de partir. Le temps est incertain.

Ce voyage devait se faire à cinq. Il n’a pas eu lieu. Impossible ! Impensable. Nous en étions incapables. Cet été-là, accablés par notre peine, le temps s’est arrêté.

Le temps a passé. Plusieurs semaines ont défilé et notre vie a redémarré, doucement.  Nous sommes partis à quatre une première fois au mois d’octobre 2021, sans toi, le cœur en miettes. Nous nous sommes rendus sur la plage face à une mer tourmentée. Tous ensemble, nous avons écrit ton prénom dans le sable. Connectés à toi, en parfaite harmonie, nous étions unis. Tu étais là, bien présente, avec nous. Ce voyage nous l’avons fait à 5, comme prévu.

Le temps a passé. Une année a défilé. Le temps a apaisé. Le temps t’a éloignée. Le temps est long. Nos cœurs sont devenus plus légers. Nous sommes retournés aux Pays-Bas non pas à 5, mais à 6 cette fois-ci. Ton petit frère né en février dernier fait partie du voyage.

J’observe cette boule de feu au loin qui amorce sa descente à l’horizon. Les couleurs sont vives, majestueuses et me réchauffent le corps. Je ressens les rayons du soleil sur ma peau. Je ferme les yeux. Tu es là, bien présente dans mon esprit. Aloïs est dans mes bras. Mathis joue les pieds dans l’eau et part joyeusement à la poursuite de la mousse qui s’envole. Thibaut me tient le bras. Subjugué par ce merveilleux spectacle de la vie, il saute sur place.

Maman, regarde, c’est le paradis ! 

– Oui mon amour, c’est le paradis !

– C’est là qu’elle est Margaux !

– Oui elle est là.

Oui, tu es là, avec nous. C’est certain !

Le soleil s’est couché. Une vague efface ton prénom. Le temps est bref.

Nous reviendrons l’année prochaine. Le temps d’un voyage…

Auteur

norah.siegenthaler@bluewin.ch
Je m'appelle Norah Simon. Je suis née le 30 octobre 1989 à Lausanne. J'ai suivi une formation d'enseignante primaire à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne. J'ai toujours apprécié la lecture et l'écriture. Depuis le décès de ma fille, j'y ai trouvé un refuge, un moyen d'évacuer mon trop-plein d'émotions, un véritable exutoire.