
Osez! Il faut oser!
Nous sommes le jeudi 20 janvier. Il est deux heures du matin. Comme souvent, ces derniers temps, il m’arrive de ne plus retrouver le sommeil au beau milieu de la nuit. Je suis installée au salon, emmitouflée dans un plaid et je t’écris.
« Coucou mon bébé d’amour,
Ça y est. Plus qu’un jour et tes frères souffleront ta première bougie. Tu as vu le jour il y a une année. J’ai eu le bonheur de te porter pendant neuf mois, puis de te rencontrer et de t’aimer. Quelle fierté ! Il y a une année je devenais la maman d’une merveilleuse petite fille, six ans, jour pour jour, après que papa et maman se soient dit oui pour le meilleur et pour le pire. Ce n’est pas un hasard. Avec ton papa, nous nous sommes mariés le 21 janvier 2015 et tu es arrivée le 21 janvier 2021. Tu as bien choisi ta date. Tu as renforcé nos liens. Tu fais partie du meilleur, Margaux. Quelle chance de t’avoir eue et de t’avoir encore pour l’éternité dans nos vies !
Ma gorge me fait mal, un début d’angine ? Probablement. Je suis fatiguée de ma grossesse, du rythme soutenu des rendez-vous médicaux et du stress provoqué par ces derniers. Le covid a fait réapparaitre mon asthme. Mon système immunitaire est affaibli et je ne serais pas étonnée d’avoir attrapé un autre petit virus. Demain, je profiterai de me reposer, de me reconnecter à toi mon ange.
Tu sais mon amour, tu as touché tellement de monde. Notre histoire, ton histoire a rappelé a beaucoup de gens que vivre, c’est mourir. Chaque instant mérite d’être vécu pleinement. Personne ne connaît la fin de sa vie. À tout moment, notre pompe, notre cœur, cet organe qui nous maintient en vie, qui fait de nous un être humain, peut cesser de travailler amorçant alors ce voyage sans retour vers une autre destination. C’est la mort de notre corps, la séparation physique de notre personne avec ceux qui nous aiment et ceux qu’on a aimés. Ce qui fait mal, ma chérie, ce n’est pas la mort en soi, c’est le manque qu’elle induit. Tu me manques, Margaux. Tu manques à papa, tu manques à tes frères. C’est tout un monde qui pleure ton absence terrestre. »
Il y a deux jours, quand je suis sortie relever le courrier, j’ai découvert un petit carton dans notre boîte aux lettres posé au-dessus d’un tas d’enveloppes. Pour la majorité, ces dernières étaient inintéressantes et contenaient des factures à payer. Le colis en mains, j’ai tenté d’identifier le nom de l’émetteur inscrit sur l’étiquette. Je ne le connaissais pas. Je me suis précipitée en direction de la maison, impatiente de découvrir ce qui se cachait à l’intérieur. Je me suis hâtée. J’ai déchiré le papier et ai soulevé le petit couvercle qui venait fermer la mystérieuse boîte. Une longue lettre accompagnée d’une gentille attention se trouvaient à l’intérieur.
J’ai déplié le courrier et j’ai lu. Mes mains tremblaient, mes yeux se sont humidifiés et au fur et à mesure que ma lecture progressait, les larmes ont coulé. Plusieurs fois, j’ai ravalé ma salive. Que d’émotions ! Une parfaite inconnue a pris le temps de m’écrire, de me faire part de son vécu. Elle s’est mise à nu. Elle a pris son courage à deux mains et m’a adressé des mots de consolation. Elle a dévoilé ses sentiments. Elle ne t’a pas connue mais tu as provoqué tant de choses en elle, mon trésor. Elle a longuement hésité à m’écrire, de peur de faire mal, de réveiller une douleur qui se serait endormie. Que ça fait du bien ! J’ai pleuré, mais que ça fait du bien ! Un « je pense à vous » apporte tellement de réconfort et nous aide à avancer sans toi mais avec toi. Tu es bien présente. Tu vis en nous. Cette lettre, nous le prouve et, comme tant d’autres reçues depuis ton envol, te maintient en vie ! Parler de toi, c’est faire exister tout ce que tu représentes pour nous, c’est faire vivre ta mémoire. Que c’est émouvant ! Que c’est appréciable ! Et on en a tant besoin !
Je veux que la terre entière sache que parler de toi est vital, que oui, des larmes, couleront peut-être. Mais que ces larmes ne sont pas le signe d’une souffrance que l’on réveille. La douleur est inévitable. Elle est ancrée en nous depuis ta mort. Elle est là au quotidien, pour chacun de nos pas. Elle ne disparaitra jamais. Alors parler de toi ne réveille aucune peine. Parler de toi n’amplifie pas notre souffrance. Elle est déjà là. Parler de toi c’est la rendre simplement plus supportable. « Parler de toi c’est te faire exister, se taire serait t’oublier. »
Parler de toi c’est avancer vers le bonheur avec sérénité.
Alors osez ! Il faut oser !