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Première visite

Mon premier passage au cimetière

Nous sommes le dimanche 16 mai 2021. Il est 7:oo. J’enfile mes chaussures et je me rends, pour la première fois, au cimetière. Je marche seule comme si j’avais trop bu avec un poids immense sur les épaules. Je titube tel un zombie. Je croise plusieurs personnes du village qui ne semblent pas connaître l’horrible drame que je traverse avec tes frères et ton papa depuis mardi dernier. Non, ils ne savent pas que je t’ai perdue, toi, mon bébé d’amour. J’ai envie de leur crier ma souffrance, cet arrachement si tragique et inattendu. J’ai envie que la terre entière soit au courant de la pire des injustices qui me touche, qui me transperce le cœur et, pourtant, lorsque j’arrive à leur hauteur, je leur dis un simple « bonjour », chacun continuant son chemin de son côté. Je me sens vidée, amputée d’une partie de mon être. Tout me paraît si sombre, si triste.  Ma vie, sans toi Margaux, n’a plus de sens. Vais-je te survire ? Je n’y crois pas. Je n’ai pas la force et, surtout, pas l’envie. C’est impensable et insurmontable. Mon bébé est mort. Comment puis-je l’accepter ? Ce bébé si vivant, si réel, que je tenais dans mes bras, que je nourrissais quelques jours plus tôt. Toi, mon bébé de l’espoir, tellement attendu et désiré, oui c’est une réalité, maman va devoir avancer sans ta personne à ses côtés. Je ne te verrai pas grandir. Mon avenir s’est arrêté avec le tien.

Un jour a passé depuis que nous t’avons enciellée. La cérémonie était belle, pleine d’humanité, de force et d’amour. Il pleuvait, il faisait froid, tout était sombre autour de nous et, pourtant, j’ai ressenti cette lumière qui venait chasser la noirceur de notre peine. Cette chaleur qui se dégageait de toi, Margaux, et de nos proches présents pour célébrer ta vie a réchauffé nos cœurs profondément meurtris. Les chants, les prières, la forêt qui nous entourait ont adouci ton départ pour le grand voyage vers la plus grosse étoile de notre galaxie, le soleil. C’est ce qu’imagine ton frère Mathis. Cette image est présente dans ma tête. Je te ressens dans les rayons de cette lumineuse étoile qui me réchauffe chaque jour.

Arrivée à l’église, je pousse le grand portail noir qui donne accès au cimetière. Mes jambes ne me soutiennent plus. Je ne sais pas comment, mais je parviens à rassembler mes dernières forces. Je m’approche de l’espace qui t’est dédié dans le coin des enfants. Autour de toi se trouvent six autres bambins partis des années plus tôt. J’observe longuement, le regard triste, avec la boule au ventre, la croix blanche sur laquelle je peux lire « Margaux Simon, 21 janvier 2021 ». Je ne réalise pas que, désormais, tu auras une place parmi les personnes décédées de ce lieu. Tout semble irréel comme dans un mauvais rêve. C’est certain, je vais me réveiller avec toi juste à côté dans ton petit lit à barreaux installé à proximité du mien, comme tous les matins. Chaque réveil depuis ton décès, c’est le même coup de poignard dans le ventre. Je dois affronter cette terrible réalité. Ce n’est pas un cauchemar. Comment survivre à ta disparition ? Je suis terrassée par le manque. Le cœur lourd, les yeux remplis de larmes, je m’agenouille devant ta petite tombe fleurie et, là, un signe de ta part, ma puce. Tu as fait chanter le coucou pour me dire bonjour.

Le retour à la maison est difficile, les larmes coulent le long de mon visage. J’ai envie de te serrer dans mes bras, de sentir ton odeur, mais je ne peux plus. Un magnifique rayon de soleil traverse les épais nuages et vient caresser ma joue. Je sais que c’est toi, mon ange. Tu cherches à réconforter ma tristesse par tous les moyens.

 

 

Auteur

norah.siegenthaler@bluewin.ch
Je m'appelle Norah Simon. Je suis née le 30 octobre 1989 à Lausanne. J'ai suivi une formation d'enseignante primaire à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne. J'ai toujours apprécié la lecture et l'écriture. Depuis le décès de ma fille, j'y ai trouvé un refuge, un moyen d'évacuer mon trop-plein d'émotions, un véritable exutoire.