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Six mois seulement. Six mois déjà.

Six mois de manque !

Il est six heures trente et je suis couchée dans le lit. Nous sommes le 11 novembre 2021, une journée un peu spéciale.

Six mois que tu es partie ! On y est… La moitié d’une année vient de défiler sous nos yeux à la vitesse de l’éclair. Depuis ce jour désastreux, le pire de ma vie, j’ai traversé six mois de tempête émotionnelle ! Six mois à lutter contre ces monstrueuses rafales de colère ! Six mois à craindre ces averses de larmes inattendues ! Six mois à combattre avec rage ces tourbillons calamiteux de désespoir m’emportant dans les profondeurs du gouffre ! Six mois à résister à ces énormes vagues d’angoisse ! Six mois à espérer une accalmie de ce déferlement torrentiel, un espoir de toucher à nouveau à un sentiment de bien-être.

Depuis quelques jours, je stagne. Je régresse même. Je n’avance plus sur la pente ascendante du bonheur tant espéré.  Je ne vis plus au même rythme que les autres, comme si je me trouvais à nouveau sur un autre fuseau. Je me suis habituée au manque provoqué par l’absence de ton petit corps, de tes sourires, de tes progrès, de ta chaleur mais je ne parviens plus à gérer les lourdeurs qui gravitent autour de ta disparition. Apaiser tes frères, trouver les mots justes pour les tenir éloignés de cette souffrance, s’occuper des inquiétudes qui n’en sont pas selon moi, n’a aucun sens. Imaginer les préparatifs et l’organisation des fêtes de Noël avec les membres de la famille me semble exagéré. Supporter des désaccords pourtant si futiles, devoir argumenter… Je suis épuisée émotionnellement. Je n’en peux plus, mon ange.

J’avais l’étrange sentiment d’aller mieux, d’évoluer positivement, de retrouver peu à peu la sérénité. Aujourd’hui, elle s’éloigne à nouveau de mon horizon. Est-ce dû à ce cap des six mois ? Une demi-année déjà. Une demi-année seulement. Ton départ semble si lointain mais si proche pourtant.

Les soirs venus, je me réfugie dans mon sommeil. Chaque jour, depuis deux semaines, j’attends avec impatience l’heure du coucher, je sais que je t’y retrouverai. Dans mes rêves, tu es à moi, tu revis, nous vivons collées comme autrefois. Je suis sereine. Je referme les yeux dès qu’ils tentent une ouverture, ne souhaitant jamais quitter ces douces sensations.

L’alarme de mon réveil m’extirpe de mon bonheur retrouvé. Elle se fait de plus en plus insistante. Malgré le volume qui augmente, je garde mes yeux clos. J’aurais voulu continuer à dormir, enfouie sous la chaleur de mon duvet. Je m’étire. Papa dort encore. Je me lève. Je n’ai pas le choix. Nous sommes jeudi, je dois emmener tes frères à l’école. Je dois affronter cette réalité. Six mois déjà. Six mois seulement. C’est irréel ! Pourtant dans mes rêves tu semblais si réelle. 

Je dépose tes frères à l’école avant de me retrouver seule à la maison depuis six mois déjà, si mois seulement …

Auteur

norah.siegenthaler@bluewin.ch
Je m'appelle Norah Simon. Je suis née le 30 octobre 1989 à Lausanne. J'ai suivi une formation d'enseignante primaire à la Haute Ecole Pédagogique de Lausanne. J'ai toujours apprécié la lecture et l'écriture. Depuis le décès de ma fille, j'y ai trouvé un refuge, un moyen d'évacuer mon trop-plein d'émotions, un véritable exutoire.